24 avr. 2017

Au cœur des émotions - Isabelle Filliozat [avis de lecture]

J'ai enfin lu ce livre, qu'on me recommandait de partout, et dont j'entendais parler régulièrement comme de la Bible de la pédagogie positive...



C'est koâââ l'histoire ? 
Filliozat évoque dans ce livre l'importance des émotions que ressent un enfant, et la façon dont nous, adultes, nous devons l'accompagner dans la gestion de ses émotions. 
Plusieurs chapitres sont consacrés aux situations difficiles que sont les séparations, les divorces, la mort... 
Au cœur des émotions nous renvoie également vers notre propre enfance, nos propres émotions qui n'ont peut-être pas été entendues, et la façon dont cette frustration /colère/violence se répercute sur l'éducation que nous donnons à nos enfants, avec toutes les conséquences négatives que cela peut engendrer. 

En résumé
En guise d'introduction, Isabelle Filliozat nous montre l'intérêt d'écouter nos enfants qui nous parlent avec leur coeur, mais également de savoir nous écouter, nous, les adultes, de ne pas faire confiance à tel ou tel expert, telle ou telle personne soit-disant bien intentionnée, mais de se faire confiance !

La première partie s'oriente autour de 7 questions à se poser en matière d'éducation, 7 questions qui nous permettent de répondre aux besoins individuels de l'enfant, de ne pas faire de réponses toutes faites ou automatiques. 
- quel est son vécu ?
- que dit-il ?
- quel message ai-je envie de lui transmettre ?
- pourquoi dis-je cela ?
- mes besoins sont-ils en compétition avec ceux de mes enfants ?
- qu'est-ce qui est le plus précieux pour moi ?
- quel est mon objectif ?

La deuxième partie est centrée autour de l'importance des émotions. Les manifestations des émotions peuvent nous déranger (on adore toutes regarder notre gosse se rouler par terre en hurlant en plein magasin, n'est-ce-pas ?! 😱😱) et en même temps, elles sont terriblement utiles, elles permettent de se défouler, de se construire.
A travers les émotions, l'enfant construit sa propre personnalité, il affirme ses choix, il affirme son identité unique !
Si on ne l'autorise pas à exprimer ses émotions, il risque les refouler, avec le risque qu'elles explosent plus tard, telle une cocotte-minute sous pression...

La troisième partie est composée des émotions les plus communes ressenties par les enfants : tristesse, peur, joie, dépression, avec des conseils pour accueillir chaque émotion.

La quatrième partie parle de situations diverses que l'on peut rencontrer : deuil, séparation, arrivée d'un nouveau bébé.

Et enfin, le livre se termine sur une note plus joyeuse en proposant des idées pour amener joie et bonheur dans son foyer.

Ce que je vais appliquer au quotidien

Bannir le "pourquoi...?" 
Pour Isabelle Filliozat, le pourquoi fait appel à la réflexion, tandis qu'un "qu'est-ce qui se passe ?" se centre plutôt sur les émotions, le ressenti, et est moins culpabilisant.

La joie et le bonheur
Selon l'auteur, il faudrait ressentir de la joie 80% de son temps éveillé chaque jour. 
Quand j'ai demandé à chéri s'il se sentait joyeux 80% de sa journée, il a réfléchi... "quand je suis dans ma voiture, je suis bien tranquille"... 
Quant à moi, joker ! Je viens juste de reprendre le travail, alors bon, je n'irais pas jusqu'à dire que je suis joie-bonheur-oiseaux-qui-chantent-et-soleil-sur-ma-vie.
En attendant, tous les jours je pense à mon 80% de bonheur, et ça m'aide à relativiser mes petits malheurs, mon stress, les moments où les enfants m'agacent, et je me mets à sourire. Le sourire, ça se transmet méchamment bien, je vous assure ! 😀

La partie sur la timidité 
Ayant un passé de grande timide, je sais de source sûre que plus on fait remarquer à quelqu'un qu'il est timide, plus il se sent timide, et plus il est timide.
Ma fille parle très peu à l'école (mais est bavarde comme une pie à la maison), et je n'ai pas envie qu'on l'enferme dans la timidité, sous prétexte que je l'étais moi aussi.
Isabelle Filliozat conseille de répondre, aux personnes qui taxent notre enfant de timide car il ne dit pas spontanément bonjour : "mon enfant a juste besoin de temps pour faire connaissance"

Mon avis 
En première lecture, j'ai été déstabilisée par ce livre, voire même déçue. Très rapidement, j'ai eu l'impression que certaines situations évoquées étaient caricaturales (l'enfant enfermé dans la cave par exemple).
J'ai trouvé aussi que des raccourcis étaient vite pris, notamment lorsqu'elle parle d'"attraper" un cancer parce qu'on refoule ses émotions. Mon père a eu un cancer, et lire ce genre de propos me dérange vraiment. OK, un ulcère est lié au stress. Mais un cancer ???
Rattacher tous les problèmes de nos enfants à notre propre enfance, je trouve ça un peu réducteur. Non, ce n'est pas parce qu'on s'est fait violer que notre enfant va se faire violer ou va devenir violeur, même si on ne le lui dit pas. Ce genre de cliché met une pression de fou sur les parents. Alors si je n'entame pas une psychologie de fond en comble sur mon enfance et que je ne suis pas 300% heureuse dans ma vie, alors mes enfants ne seront eux-mêmes pas heureux, auront les mêmes problèmes que moi, voire pire ?
Au final, j'avais vraiment l'impression de lire un livre de psychologie de comptoir, et même de mauvais comptoir ! 

Et en même temps, certaines situations décrites sont on-ne-peut-plus-juste. 
J'ai aimé la partie sur les envies et la frustrations, et comment les gérer.
J'ai également aimé les chapitres sur les émotions, qui sont plus ancrés dans le réel, plus pragmatiques, avec des exemples concrets, comment appréhender les besoins de ses enfants, comment les écouter...

Quelques citations pour finir

"Le petit enfant est prisonnier de l'immédiateté de sa réponse émotionnelle, sans médiation de la pensée pour relativiser les choses, ou hiérarchiser les enjeux. Il est facilement envahi par ses affects, et a donc besoin de nous pour l'aider à trouver la sortie."

""Elle m'énerve avec ses jérémiades !" Maryse est incapable de donner de la tendresse à sa fille, ses propres parents ne l'ont jamais prise dans les bras. Malgré son désir conscient, le blocage est trop puissant, elle n'y arrive pas. Quand Eve s'approche d'elle et lui demande un câlin, elle la repousse. Le donner, ce serait voir Eve le recevoir, et concevoir l'image d'elle-même petite fille le recevant... impossible."

"Il a peur d'un escargot ? Qu'est-ce que représente l'escargot dans son esprit ?"

"Pour guérir, il s'agit de regarder la réalité de sa propre enfance. Cesser d'idéaliser ses parents et oser voir qu'ils ont pu nous faire mal ou se montrer injustes. Se souvenir. Se donner le droit de sentir les émotions auxquelles, enfant, nous n'avons peut-être même pas eu accès."

"Et... pensez à prendre contact avec la part de joie en vous. Respirez, sentez la vie en vous, rappeler-vous la simple joie de vivre. Ne vous laissez pas envahir par le quotidien et son lot de difficultés. Prenez le temps de ressentir l'amour que vous portez à ceux qui vous entourent et à vous enfants, de sentir que vous avancez sur votre chemin, que vous êtes heureux de la vie que vous menez."

1 commentaire:

  1. Je suis en train de lire "Il n'y a pas de parent parfait" d'Isabelle Filliozat également.Et je me retrouve complètement dans tes impressions de première lecture. Le côté caricatural, l'impression de lire de la psychologie de comptoir, la pression de fou sur les parents. Et en même temps, ses livres font réfléchir quand même! Tu te dis "ah mais c'est vrai que souvent ça se passe comme ça chez nous... Peut-être que si j'essayais ça plutôt". Je trouve aussi que ça aide à te poser des questions sur tes réactions, ta façon de gérer les comportements de tes enfants, etc. Bref, je dirais que je ne suis pas une grande fan d'Isabelle Filliozat, mais qu'il faut bien reconnaître que ses bouquins peuvent aider. Sans tout prendre au pied de la lettre bien sûr! Je crois que c'est comme pour tout : il faut garder un peu de recul! 😉

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