J'ai lu un livre qui finit en plein milieu d'une phrase aka Le Château de Kafka


C'est bien la première fois de ma vie que je lis un livre qui n'a pas de fin. Qui se termine même en plein milieu d'une phrase ! Et c'est particulièrement déroutant et frustrant. J'aurais envie d'attraper l'auteur et de le secouer comme un prunier pour qu'il crache la fin de son livre. 
Bon, ok avec Kafka, ça va pas être facile...

Bref, Le Château nous disions. Je ne pense pas me tromper de beaucoup en disant que c'est un conte onirique, dans la même veine que le procès (dont j'ai parlé ) et avec des thèmes communs comme la bureaucratie et son côté inhumain, la solitude du narrateur qui ne peut avoir confiance en personne, et l'impression de tourner en rond jusqu'à l'absurde. 

 Dans ce livre, on se trouve entièrement en vase clos. Dans un village où le narrateur ("K.", c'est son nom, on sait d'où s'est inspiré le film Men in Black !!) arrive car il a été appelé par l'administration (aka "le Château") pour travailler comme "arpenteur". 
Au dessus du village, le château se dresse, comme s'il surveillait les moindres faits et gestes des villageois. Un château inaccessible, inatteignable, une sorte de quête pour le narrateur.
Dans le village, des villageois (logique), des habitants complètement soumis à la dictature administrative du Château, et qui ne semblent vivre que pour lui.
Et entre le village et le Château, des secrétaires qui font le lien entre les administrés (les villageois) et les fonctionnaires du Château (les grands pontes comme on dirait aujourd'hui).

C'est un conte disais-je, un peu à la manière de Voltaire dans des livres comme Candide. Étrange d'ailleurs que j'apprécie autant Kafka, étant donné que mon exemplaire de Candide, lu pour le collège, a été le seul livre que j'ai définitivement mutilé (après un dimanche à écrire une rédaction pour une note pourrie au final) en l'enroulant de scotch pour qu'il ne soit plus jamais ouvert !!

Un conte, oui, mais qui se veut une allégorie de la réalité. Une manière indirecte d'ouvrir les yeux des lecteurs sur le fonctionnement de l'administration, la bureaucratie en général, et sur son côté tyrannique et absurde.

Il y a également un thème que j'ai trouvé très intéressant et qui, de mémoire, ne se retrouve pas dans Le Procès, c'est celui de la pluralité des interprétations. Le narrateur est confronté à plusieurs reprises  à des explications de certains villageois sur des situations qu'il a vécu avec tel ou tel personnage. Avec pour conséquence de retourner complètement le point de vue du narrateur, qui ne sait plus (et nous avec) où est la vérité, et à qui faire confiance... un peu comme dans la vie où finalement, on se sait jamais qui pense quoi et pourquoi telle ou telle personne agit de telle ou telle façon. Assez cynique, donc... 

Au final, j'ai aussi retrouvé dans ce livre l'ambiance du Premier Cercle d'Alexandre Soljenitsyne, où est raconté (notamment) le côté invraisemblable des emprisonnements dans l'URSS de Staline. (C'est amusant d'ailleurs, en relisant ma critique du Procès du même auteur, je me rends compte que j'ai écrit exactement la même chose, bravo la fille originale !).

Ici, je vous rassure, tout est loufoque, tourné en dérision et traité de façon tragi-comique, presque comme une pièce de théâtre burlesque.
Sachant que Kafka a écrit ce livre dans les années 20, donc bien avant l’avènement des régimes totalitaires, deux thèses s'opposent : soit il avait vu le truc arriver quasiment 10 ans avant, soit son oeuvre est totalement surréaliste et il a tapé dans le mille sans le faire exprès, décrivant juste de façon très exagérée le monde de l'administration (il travaillait dans une banque).

En tout cas, qu'il soit un visionnaire génial des futurs régimes totalitaires ou simple farceur aigri de son travail, Kafka nous livre un récit qui résonne douloureusement dans l'histoire mondiale, d'autant plus que ses soeurs mourront pendant la guerre à cause de leur religion juive...

Dommage qu'il n'ait pas eu l'inspiration ou le temps suffisants pour terminer son livre, je reste sacrément sur ma faim !

Commentaires

  1. voui, tout a fait le genre de livre qui me plairait.
    Mais ce doit etre terriblement déroutant, cette phrase sans fin !

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    1. Ca l'est... On a envie de savoir la suite, mais de suite, y'a pas !

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  2. Je n'ai jamais lu Kafka mais à voir ton enthousiasme pour ce livre, j'ai envie de m'y plonger ! Bonne soirée

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    1. Essaye, c'est vraiment déroutant sur les 50 premières pages, mais passionnant !

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  3. Et bein moi qui est l habitude de toujours lire la dernière phrase du bouquin avant de le commencer, j aurais été capable d insulter le libraire en lui disant qu il m a vendu un livre mal imprimé! :-o

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  4. Depuis le temps que je souhaite découvrir Kafka, ton billet m'en donne encore plus l'envie !

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    1. Oui, essaie ! En plus, je suis sure que tu saurais en parler magnifiquement bien sur ton blog !

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