5 sept. 2013

Blessure par indifférence interposée


  • C’est quand tu fais une tête de dix pieds de long et que personne ne le voit. 
  • C’est quand on sait que ton CDD va se terminer dans quelques semaines et qu’on ne te demande pas si ça va. 
  • C’est quand tu lances des piques à ce sujet en espérant que quelqu’un rebondisse dessus, mais que personne ne le fait. 
  • C’est quand on est en open-space avec des bureaux à peine à 2m de distance les uns des autres et que c’est comme si chacun était dans sa bulle, imperméable aux autres. 
  • C’est quand ton chef t’annonce que la direction va supprimer un poste mais que collectivement, ce n’est pas si dramatique que ça. C’est de ton poste dont il s’agit. 
  • C’est quand d’un coup d’un seul, tes chefs de projets te disent tous à quelques jours d’intervalle qu’il est temps de boucler une affaire, finir un rapport, laisser une présentation facilement accessible dans le serveur.Sans jamais évoquer ton futur départ.
  • C’est quand tous les jours tu comptes le nombre de jours qu’il te reste à faire, avec des bâtons sur un cahier. Primaire.
  • C’est quand tu as l’impression que tes collègues s’agitent autour de toi sans te voir.

Ce boulot, je l’ai rêvé, je l’ai idéalisé sans doute. Vous comprenez, dans la fonction publique je jalousais secrètement ces bureaux d’études qui avaient la chance de faire "notre" boulot pas mieux que nous mais avec tout le poids politique et technique dont l’aura d’expertise les entourait. Et bien ça y est, j’ai testé.
Je me souviens de mon premier jour, moi en train de mordre sans faim dans un sandwich mou, autour de tous mes collègues qui parlaient laborieusement de foot et d’élections présidentielles entre deux silences interminables. Mon premier jour dans l’indifférence collective. 
Ne croyez pas qu’il ne s’agit que de moi et que c’est moi le problème dans tout ça. Je vous rassure, l’indifférence est le lot de tous, et tous en font les frais. Sans doute que ça ne leur pèse pas autant qu’à moi. Sans doute en ont-ils pris l’habitude et en font-ils leur affaire. Sans doute ont-ils des amis, de la famille pour papoter de choses et d’autres, compatir, faire preuve de sentiments et d’émotions qui leur font cruellement défaut dès qu’ils franchissent le pas de la porte du bureau. 
Quant à moi, je n’avais ni famille ni amis sur place quand je suis arrivée. Et j’ai trouvé cette ambiance dure. Quand j’ai été au fond du gouffre en février dernier, m’éloignant progressivement de ce qui restait de liant social (les repas) espérant que l’un ou l’autre viendrait à moi, je me suis lourdement trompée. Personne n’est venu à moi. Que je sois celle d’avant, essayant de lancer des discussions le midi (autres que le foot et la politique), rigolant, tentant de s’intégrer, ou que je sois celle d’après qui n’ouvre pas la bouche, mange en 5min et redescend à son bureau illico presto, ça n’a juste rien changé. Rien du tout. 
Les gens ici sont là pour faire leur taf, papoter 5min de choses qui ne les engage pas trop personnellement, se persuader que cette petite entreprise presque familiale est exceptionnellement solidaire et soudée à grand renfort de sorties, de WE d’entreprise, que l’on pourra se remémorer jusqu’au prochain, qui comblera le vide des conversations de pause-café et qui fera sourire ceux qui y étaient, à se rappeler lequel a picolé le plus, lequel a fini aux urgences dans un coma éthylique, ou ô combien les sorties, c’était « mieux avant ». 
Je n’ai même pas l’impression que cette indifférence est une façade qu’il faut creuser pour les atteindre, ni même qu’elle est un moyen de se protéger. Non, pour tous (ou quasiment tous), cette indifférence est devenue complètement naturelle. Le fruit d’un recrutement de jeunes diplômés d'un même cursus scolaire, qui n’ont connu et ne connaîtront (j’espère pour eux) que cette boîte-là. 
En tout cas, moi, je n’en peux plus de cette hypocrite indifférence. Elle m’étouffe. J’ai envie de leur crier « mais putain, arrêtez de ne vous souciez que de vous! ». 
Mais je ne crie pas. Je m’enferme dans ma propre bulle, je mets de la musique, et je mange du chocolat. C’est bon, le chocolat. 

Et puis en mars, mon chocolat sera belge, puisque j'ai accepté ce CDI invraisemblable et venu d'on ne sait où. Encore meilleur, le chocolat belge...

17 commentaires:

  1. Le monde du travail est devenu "machine" où le mot "humain" n'a plus beaucoup de place. J'observe de loin. Je rame seule à ma place mais je n'ai pas à subir ce que tu décris avec tant de force. Je suis heureuse que tu retournes en Belgique car je crois que tu t'y sens chez toi et ça sera déjà ça !
    Bises

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    1. Quelle chance tu as. Et en même temps, il te faut une sacré dose de courage pour t'être mis à ton compte.
      Pour ça, j'ai hâte de retourner en Belgique, l'équipe là-bas est plus petite, peut-être pas une ambiance de fou mais bon, ça sera toujours mieux qu'ici...

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  2. Heureuse que tu aies trouvé un CDI.

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  3. c'est grave ce genre d'attitudes. ça ne doit pas être facile du tout, je compatis. vivement la belgique!

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    1. Quoi que, d'après ce que je viens de lire sur ta page hellocoton, certains belges ne sont pas des plus accueillants non plus... :-(

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    2. oh mais elles sont sympas, on papote et tout mais je ne ferai jamais partie du groupe. nous n'avons pas les mêmes valeurs.

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  4. Allez, courage, dans quelques mois, une nouvelle expérience commencera ! Et en Belgique en plus ! Quelle chance ! Tu verrasle chocolat belge est le meilleur du monde ! ;-) hihihi, allez j'avoue, je suis belge ;-) Sérieusement, c'est dur cette indifférence, malheureusement, c'est souvent le cas au boulot, les gens viennent, font leur truc puis repartent et font semblant qu'on est copains mais s'en foutent des autres, les amis se rencontrent rarement au boulot. Enfin, je crois. Le posisitif c'est que toi tu pars ! Tu vas allez ailleurs où peut-être tu rencontreras des chouettes personnes et tu relèveras des nouveaux défis! Courage courage ! Et dis moi dans quel coin en Belgique tu viens ? Je suis curieuse ;-)

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    1. Je sais bien que le chocolat belge, c'est de la bombe, j'y vivais il y a deux ans ! ;-)
      Je vais probablement vivre du côté de Gembloux, on regarde tranquillement les maisons pour le moment...

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  5. Et bien j'espére que l'ambiance sera meilleure en belgique !!!! parce que sinon faut être vraiement motivé ou ne pas avoir le choix !
    Isabelle

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    1. ne pas avoir le choix donc ! ;-) Et motivée à l'idée d'avoir enfin un vrai boulot sur du long terme...

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  6. chez nous aussi, les CDD, il y en a un paquet, un gros turnover comme on dit.
    Jamais renouvelé, et pourtant, on attend que ça : marre de former tous les 6 mois une nouvelle personne ...

    Peut-etre que ds ta boite, ils sont blasés de ce turn over ?

    Du coup, félicitation pour ton CDI Belge !!

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    1. Merci !
      Nous c'est beaucoup de stagiaires que l'on a... qui passent en CDD, puis après, normalement en CDI. Mais c'est la crise, ma pov' dame !

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  7. Bon dis-toi que c'est le prix à payer pour pouvoir enfin retourner en Belgique... au moins, tu n'auras pas de regret de les quitter.

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  8. J'ai quelqu'un à la maison qui trouve aussi que le boulot c'est pas marrant !!! ;) Malheureusement, on a tous besoin des sous sous à la fin du mois, sinon c'est sûr que ce serait vite vu... Et c'est aussi là que j'apprécie le congé maternité (voire parental après si financièrement c'est possible). Tu tiens le bon bout ... ça va arriver vite le mois de mars !!

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    1. C'est sûr que le métier que je voudrais faire quand je serai plus grande, c'est rentière !!
      C'est clair que mars va être vite là, je n'en doute pas !

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