Les plats qui m'emmènent loin, loin...

Les biscottes beurre-miel.
Les courgettes et tomates farcies.
Les choux à la crème.
Les bavaroises aux fraises.
Les rognons sauce madère.

Je pourrais vous en citer encore plein d'autres, mais je m'en voudrais de vous mettre l'eau à la bouche avant l'heure légale du dîner !

Certains plats sont pour moi des machines à souvenirs, à remonter le temps. Quelquefois même, je me les prépare juste pour me rappeler le bon vieux temps, en hommage à certaines personnes ou à certaines époques de ma vie.

Les biscottes beurre-miel. 
Uniquement avec les biscottes Roger au paquet bleu (trop heureuse, à Lyon, il y en a partout). 

J'en mange et je suis transportée directement au coin d'une table en toile cirée, en vol direct vers l'enfance. Un après-midi tranquille et douillet, peut-être même qu'il pleut dehors, qu'il fait froid, et je suis assise sur une chaise en paille avec son coussin de faux-cuir beige en face du buffet, un livre négligemment posé devant moi, une casserole d'eau chauffe tranquillement, et 3 tasses en Arcopal décorées de fleurs rouges et bleues sont posées sur chaque coin de table. Une devant ma grand-mère en face de moi, une devant mon arrière-grand-mère à côté, et une devant moi. 

C'est elle qui m'a appris les biscottes beurre-miel. Mon arrière-grand-mère. Je ne l'aimais pas beaucoup pourtant. 

On est cruel quand on est enfant. On n'aime pas les vieux, ceux qui sont ridés, qui sentent les médicaments et ont les doigts crochus. Je n'avais que d'yeux pour ma grand-mère. Et j'ai toujours dédaigné sans raison mon arrière-grand-mère. Qui en aurait eu, pourtant, des choses à m'apprendre, elle qui est née avec la fin du XIXè siècle, exactement à la même date que moi. Elle qui a connu les 2 guerres mondiales, qui a eu un fiancé mort à la 1ère, qui a dû épouser son oncle pour que sa soeur plus jeune se marie, elle qui a travaillé dur pendant des années et des années, elle qui a vu quasiment un siècle s'écouler.

Elle en aurait eu, des choses à m'apprendre, oui, sûrement. Autre que le goût délicieux d'une biscotte beurre-miel.

Désormais, il est trop tard. Et je n'ai que ma biscotte pour me souvenir de rares moments de complicité entre nous...

Commentaires

  1. Et tu n'es pas la seule à avoir ce genre de regrets et de remords mêlés ! Je pense souvent à ma grand mère maternelle, une bretonne à coiffe qui ne parlait pas un traître mot de français, ridée comme une vieille pomme... Je n'avais d'yeux que pour la parternelle parce qu'elle était chic et portait des tailleurs Jacques Fath.... Pourtant, l'autre m'a beaucoup appris et notamment quelques rudiments de breton et c'est tendance le breton à présent ! Bises

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  2. Mmmmh les tomates et courgettes farcies :)
    Bises

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  3. Ce sont des madeleines de Proust, le parfum d'un souvenir. C'est joli ...

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    1. Mes biscottes de Proust... tu as tout à fait raison !

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  4. C'est un très beau texte, très touchant.

    Bises
    Isa

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  5. Moi,c'est mon grand-père. Je me suis rendue compte un peu après sa mort que je ne savais pas grand chose de lui. Tous les étés, j'allais voir mes grands-parents à Alicante mais même si j'aimais les voir, je m'ennuyais comme un rat mort dans cette ville pas sympa et après quelques jours, j'avais hâte de rentrer. Je me dis que j'aurais du en profiter pour être avec eux le plus possible mais quand on est très jeune, on n'a pas vraiment conscience de la mort et donc, j'essaie de ne pas trop m'en vouloir...

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    1. Pareil pour moi. A l'époque, je préférais aller traîner sur mon vélo toute l'après-midi, et après elle s'inquiétait et ça me faisait rire...

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  6. jolie histoire (mais le miel, c'est pas bon^^)

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    1. Rhôô... et comment tu les manges tes biscottes alors ? Confiture ?

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  7. Je comprend pas tout..... "Elle a épousé son oncle".... lequel, d'oncle, le sien ou celui de son fiancé décédé et pourquoi doit-elle épouser "l'oncle" pour que sa soeur plus jeune se marie ? (grattage de tête).

    Perso, je n'ai pas connu mes arrières grands-parents, mais j'adorais ma grand-mère.

    Bizzz Kimie

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    1. Ah là là, c'est des vieux trucs de tradition, maintenant, en France, ça ne se verrait plus (et heureusement).

      En gros, dans les années 20 et en campagne (peut-être dans les grandes villes aussi), il fallait que les jeunes filles se marient dans l'ordre de leur naissance. Mon arrière-grand-mère, plus âgée que sa soeur, devait donc se marier avant elle.
      Sauf que ladite soeur avait flairé un gros poisson et voulait absolument se marier d'urgence, le poisson avait des terres !
      Donc mon arrière-grand-mère a dû se marier, avec le premier venu en fait... qui était bel et bien son propre oncle (le frère de son père, qui avaient entre eux plus de 20 ans d'écart je crois, donc mon arrière-grand-mère et mon arrière-grand-père n'étaient pas très éloignés en âge en fin de compte).

      Voilà pour l'histoire !

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