3 générations, 1 crêpière => 3 techniques différentes ! [part 1 ou l'hommage à ma grand-mère]

Cette semaine de début février, si j'étais en France, serait pile le moment d'aller déjeuner chez ma grand-mère.

J'entrerais, je reniflerais la bonne odeur de "graillon" qui s'échappe de la cuisine, je jetterais mon sac et mon manteau dans un coin, et je filerai dans la cuisine, 2 bisous bien sonores sur les joues rebondies de ma grand-mère, et un coup d'oeil dans les marmites pour voir ce qui sent si bon !

La table serait mise dans la cuisine, sur la table cirée, pas toujours très propre, avec quelques taches de graisse ça et là : des assiettes en arcopal, aux motifs de fleurs rouges et bleus, que je connais depuis toujours. Je mange dedans tous les jours d'ailleurs, car ma grand-mêre, au moment de mon départ pour mes études, m'a donné la moitié de son service.

La pâte à crêpes sur un coin de la commode à côté de la gazinière, repose dans son saladier aux mêmes fleurs que les assiettes.

Ma grand-mère l'a préparée tout à l'heure. Comme d'habitude, pas besoin de balance ; les proportions, elle les connait par coeur ! Quelques cuillères à soupe de farine, un puits, un oeuf, un peu de sucre, en 2 temps 3 mouvements, l'affaire est faite ! Elle termine par une lichette de bière, pour faire lever. 

Juste avant de déjeuner, elle sortira le beurre, me laissera découper des petits cubes, un pour chaque crêpe, et mettra le feu sous la crêpière. Le beurre frétille, elle dépose une louche de pâte. 
Pendant que la crêpe se dore au chaud, nous papotons, malgré le bruit de l'antique hotte. Ma grand-mère finira d'ailleurs par entr'ouvrir la fenêtre, mais malgré ces précautions, nos vêtements sentiront la crêpe le reste de la journée !
Ma grand-mère secoue doucement la crêpière, la crêpe semble danser : elle est prête à être retournée !

Pour la première crêpe, ma grand-mère a préparé tout prêt son Louis d'or, elle me le tend. Je place la petite pièce dorée dans la paume de ma main droite, et j'attrape la poignée de la crêpière. La crêpe s'envole, danse acrobatique, et retombe pile comme il faut, au milieu de la poêle.

Une assiette saupoudrée de sucre attend la crêpe, je l'y place, je remets du sucre par-dessus, et je roule la crêpe. Molle et chaude, moelleuse, forcément, je la goûte en passant ! Une fois roulée, je place la crêpe dans une autre assiette, dans laquelle toutes les crêpes se serreront bientôt en rang d'oignons, bien gentiment, attendant d'être croquées !

Les crêpes cuisent les unes après les autres. Les mêmes gestes, le cube de beurre, la louche de pâte, la salsa de la crêpe qui se détache des parois de la crêpière, le sucre dans l'assiette, puis la crêpe, puis le sucre, puis roulée et déposée dans l'autre assiette.

La dernière crêpe est pour le pauvre. Ma grand-mère l'enveloppera dans du papier aluminium et la déposera en haut de son buffet où elle restera toute une année. Elle ne moisira pas, elle ne s'effritera pas, elle deviendra juste dure comme du carton.

Ma grand-mère gardera dans son four tiède l'assiette de crêpes roulées recouverte d'une assiette creuse, pour les empêcher de dessécher.

Puis on attaquera le repas, en gardant toujours à l'esprit notre future débauche de crêpes en dessert.

L'heure de savourer arrive enfin : mmmhhhhhh, les crêpes de ma grand-mère sont les meilleures du monde !!

Cette année cependant, ma grand-mère, pour la première fois depuis très très longtemps (toute sa vie ?) ne fera pas ses crêpes. Elle est pour l'instant chez mes parents, qui surveillent de près cette tête de mule qui vient de se faire opérer du canal carpien et qui théoriquement ne devrait pas du tout bouger sa main droite pendant un mois.

Cette année, c'est sur ma mère que reposera la responsabilité des crêpes annuelles. Mais ça, c'est encore une autre histoire...

Commentaires

  1. C'est étrange comme les grand mères sont et restent les championnes du monde de la cuisine et la patisserie... chacune dans sa catégorie ! La mienne c'était la reine de la tarte aux pommes. Je n'en ai jamais mangée d'aussi bonne ! Sa douce odeur de pommes tièdes est toujours si présente plus de 25 ans après.
    Profite bien de ta grand mère et prend soin d'elle !
    Bises et bonne journée

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  2. J'ai aimé lire ce souvenir :)
    ça me fait penser à la vaisselle que ma grand-mère m'a légué quand je suis partie vivre seule, notamment un saladier que j'adore. Et comme tu me donnes envie de faire des crêpes, c'est peut-être dans celui-là que finira la pâte à crêpes cette aprèm' !

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  3. héhé j'ai comme dans l'idée que le gène "tête de mule" se transmet à chaque génération, quand je me vois et que je vois mes 3 enfants, ils ont chacun hérité d'une partie de ma tête de mule ! mais misère que c'est dur à élever !!
    bisous, je vais lire la suite

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